29 janvier 2008
Politique de civilisation, république et laïcité
L’analyse des déclarations de notre omniprésident sur les religions montre sa conception de l’Homme : pas d’espoir sans croyance, pas de spiritualité sans religion, pas de transcendance sans Dieu, pas de civilisation sans fait religieux. Cette vision n’est pas nouvelle, mais Nicolas Sarkozy vient de franchir un nouveau cap : il ni à la société civil le pouvoir d’élevé l’Homme, il ni à l’Homme toute possibilité de s’élever par lui-même. Ce faisant, il est cohérent avec son discours qui flatte les bas instincts de l’homme. Les propos :
Dans son livre "La République, les religions, l’espérance", Nicolas Sarkozy avait affirmé sa conviction profonde qu’il n’y a pas de spiritualité sans Dieu. Il a repris cette idée à l’occasion de son discours à Mentouri "Il n’est rien de plus fort que la volonté humaine lorsqu’elle est soutenue par une foi vivante." À Latran, il précise : "Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale." N’y aurait-il pas de spiritualité possible pour les athées ou les agnostiques ? Comment l’histoire de la pensée a pu faire une place à des Spinoza, Camus, Sartre ou autres… ?
Toujours à Latran, il ajoute : "Un homme qui croit est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent." Comme si l’espérance ne pouvait être que religieuse ! Le philosophe Henri Pena-Ruiz de s’intéroger : "Et Guy Môquet, monsieur le président ? Était ce bien la peine de rendre hommage au jeune résistant communiste pour ainsi le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée de sens ? (…) Un jeune héros de la Résistance transcende la peur de mourir pour défendre la liberté !"
Nicolas Sarkozy réduit aussi les civilisations aux religions : "Vous pouvez être fiers d’être des jeunes musulmans parce que la civilisation musulmane est une grande civilisation." A Mentouri, ses interlocuteurs ne peuvent être que musulmans, la civilisation n’est même pas arabe ou arabomusulmane. Elle est réduite à la religion.
A Latran encore, tombe cette affirmation portée : "Dans la transmission des valeurs et l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Voilà les hussards de la République, les héros de Victor Hugo, Jules Ferry, Ferdinand Buisson, relégués au rang subalterne dans cette nouvelle hiérarchie où la séparation des Églises et de l’État est reléguée aux oubliettes.
Nicolas Sarkozy se méfie de la laïcité, voire s’en défie : "La morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme." dit il à Latran L’histoire est réécrite, le fanatisme change de camp. Dites-nous, monsieur le président, où comptez-vous les victimes de la liberté de conscience ? Et comparez ce nombre – zéro – à celui des victimes du fanatisme religieux !
Nicolas Sarkozy ajoute : "La France ne transigera pas avec l’islamophobie. La France ne transigera pas avec l’antisémitisme. La France ne transigera pas avec le fanatisme. La France ne transigera pas avec l’intégrisme. Elle ne transigera avec aucune forme d’extrémisme, avec aucune forme de terrorisme." L’antisémitisme et le racisme, les maux les plus violents et les plus insupportables, le fanatisme et le terrorisme qui ne valent guère mieux, sont mis sur le même plan que la « phobie » d’une religion.
Nicolas Sarkozy, le président de la République française, république laïque, se fait aussi distributeur des honneurs de la foi universelle dans le monde des croyants ! Dans une évocation du martyre du Père Christian, il dit : "Le père Christian a fait honneur à l’Algérie, à la France et à la foi universelle dans le monde des croyants."
Cette dérive est grave, elle remet en cause les valeurs de la République
française, elle nous ramène à l’époque de la monarchie de droit divin ou rien n’était
possible sans Dieu. Elle déresponsabilise l’Homme, elle déresponsabilise le
Président de la République qui n’est plus en charge d’élever la société l’ayant
transféré à Dieu. Elle explique la tendance de Nicolas Sarkozy à flatter les bas
instincts de l’homme puisque son élévation et de la responsabilité de la
religion. La politique de civilisation de Sarkozy c’est de transférer sa
responsabilité aux religions, la politique de civilisation de Sarkozy c’est le
communautarisme.
Annulation d'une émission sur "Sarkozy et les femmes"
Selon Philippe Labro, vice-président de la chaîne Direct 8, c'est "une technique défaillante" qui a provoqué l'annulation peu avant sa diffusion, vendredi 25 janvier, de l'émission consacrée à "Sarkozy et les femmes". Selon lui, il n'y a eu "aucune suppression pour des raisons de contenu".
Par ailleurs, le magazine Closer a été condamné, lundi 28 janvier, à 30 000 euros de dommages et intérêts pour avoir publié une photo de Cécilia Sarkozy en maillot de bain à côté de celle de Carla Bruni.
Source : Le Monde
