03 juin 2007

Choc de confiance : la défiance des économistes !

Les propositions fiscales de Nicolas Sarkozy ne convainquent ni les économistes, ni les syndicats, ni l’Europe, ni ses ministres mais il tient ferme contre une soit disante pensée unique. Seul le MEDEF et les favorisés sont pour.

Analyse :


François Fillon nous a expliqué qu’il fallait provoquer un « choc de confiance » afin de faire gagner à la France un point de croissance supplémentaire.  A l’ordre du jour 5 mesures :

 

  • Défiscalisation des heures supplémentaires,
  • Déduction des intérêts d’emprunt immobilier du revenu imposable,
  • Encouragement du cumul entre l’emploi et la retraite,
  • Suppression des droits de succession pour environ 90%-95% des Français,
  • Instauration d’un bouclier fiscal à 50%, y compris la CSG et la RDS.

Première critique, le coût de ces mesures qui est estimé à 15 milliards par l’OFCE selon la Tribune (soit 1% de PIB) et leur impact sur la dette Française. Nicolas Sarkozy demande à être jugé en fin de quinquennat et prévoit d’augmenter la dette « A 1 100 milliards de dette publique, on ne va pas mégoter sur 1 ou 2 milliards ». Cette dérive inquiète Bruxelles car elle revient sur les engagements de la la France qui avait promis de ramener les comptes à l'équilibre et la dette en deçà de 60 % du produit intérieur brut à l'horizon 2010. "La France ne peut pas ignorer que le pacte a été réformé, il est plus intelligent, plus souple, mais il existe des lignes rouges : en période de vaches grasses, il faut poursuivre la réduction des déficits", indique un collègue de M. Almunia. Soucieux de voir respecter le "volet préventif" du pacte, Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, appelle à "ne pas répéter l'erreur" qui consisterait, comme par le passé, à ne pas faire des économies en périodes de vaches grasses comme lors du boom Internet. De même, devant le coût élevé de ses mesures, Eric Woerth, le nouveau ministre du budget, voulait réduire le périmètre de ses mesures. Mais peine perdue, Nicolas Sarkozy l’a rappelé à l’ordre lors de son meeting du Havre : « La Politique doit imposer de l’audace aux administrations, aux experts, aux notables, aux frileux. »

Deuxième critique, un rendement économique mauvais pour une inégalité croissante :

 

  • Défiscalisation des heures supplémentaires : Le premier problème est que cette mesure part d’une analyse erronée comme quoi les français travailleraient moins que leur collègues Européens alors que le Français travaille autant que l’Anglais et plus que la moyenne de l’Europe des Quinze et ce en ayant une productivité nettement supérieure avec un PIB à parité de pouvoir d’achat de 72 000€ par emploi contre seulement 62 000€ en Angleterre).  Selon Eric Heyer, économiste de l’OFCE, cette mesure pourrait entraîner la perte de 75 000 emplois en cinq ans contre une création de 120 000 pour une étude du COE-Rexecode (organise proche du MEDEF qui, si on applique les hypothèses à l’action de Jospin entre 1997 et 2002,  arrive à une décroissance de l’emploi !). Outre le fait de favoriser les personnes ayant déjà un emploi, la mesure limitera les gains de croissance du PIB car plus on est riche moins on réinjecte d’argent dans l’économie. L’élargissement de cette mesure en augmente le coût et pénalise/remet en cause d’autres mesures plus efficaces comme l’exonération de charges sur les bas salaires dont la suppression se traduirait par une perte de 250 000 à 300 000 emplois.
  • Déduction des intérêts. Initialement prévu pour aider les Français à devenir propriétaire, la mesure change de nature et vis aussi à redonner du pouvoir d’achat à ceux qui viennent d’acheter. Par rapport à l’objectif initial, cette mesure est inefficace car le problème de l’immobilier est plus un problème d’offre que demande, aussi toute mesure qui favorise la demande se traduit par une hausse des prix qui captera toute la marge donnée. Ce ne sont donc pas les accédants qui profiteront de la mesure mais les propriétaires et les banques, les plus favorisés étant ceux qui profiteront et de la hausse des prix de l’immobilier et de la déduction. La bourse ne s’est pas trompée en saluant cette mesure par une hausse des sociétés immobilières et des banques. Quant au second objectif, la mesure aura un mauvais rendement pour les mêmes raisons que la défiscalisation des heures supplémentaires, et ce d’autant plus que le gain lié à la défiscalisation croît avec le niveau de revenu. Enfin, selon La Tribune, cette mesure pourrait être partiellement financée par une révision du système de prêt à taux 0 qui lui favorise les moins riches. Enfin, ce n'est pas en favorisantle marché immobilier que l'on va doper l'innovation et le développement économique.
  • Encouragement du cumul entre l’emploi et la retraite. Aujourd’hui l’un des problèmes de la France est le faible taux d’emploi des 50-65 ans. (37,5% contre 50% en Europe). Afin de lutter contre ce problème, le gouvernement précédent avait mis en place un plan pour dynamiser l’emploi des quinquas et autorisait le cumul emploi retraite jusqu’à 1,6 SMIC. En remontant cette limite, cela ce traduira par un transfert d’emploi entre salariés seniors vers retraités avec une augmentation du chômage des premiers et un enrichissement des seconds. Comme pour les heures supplémentaires, l’effet sur la croissance risque d’être négatif.
  • Suppression des droits de succession. Comme toutes les mesures précédentes, cette dernière profitera aux plus riches les autres étant déjà exonéré de droits de succession. Ce faisant le rendement de cette mesure est mauvais. De plus cette mesure nous ramènerait au 19ème siècle et consacrant une société d’héritiers, or l’histoire économique nous a appris que les sociétés d’héritiers ne sont pas les plus efficaces car elles ne favorisent pas ni le mérite et ni le travail, élément important si l’on en croit les discours de Nicolas Sarkozy. Enfin, des économistes voient en les droits de succession l’impôt du futur qui devrait nous permettre de financer les retraites. L'argument mis en avant par le gouvernement est que "quand vous avez travaillé toute votre vie, c'est pour vos enfants, pas pour l'état", ce qui revient à favoriser notre égoïsme et ne nous pousse pas à la solidarité !
  • Bouclier fiscal est une hérésie économique. En effet, l’activation du bouclier fiscal est due l’existence de patrimoines improductifs, c’est-à-dire qui ne rapporte pas, ou dont les revenus ne sont pas pris en compte dans le calcul. Le meilleur exemple est la résidence principale, le fait d’avoir un bien immobilier et d’en faire sa résidence principale fait que ce bien ne génère pas de revenu. Apparemment toutefois car, d’un point de vue économique, le fait de ne pas payer de loyer pour se loger est une économie assimilable à un revenu. Cela fait que, toutes choses égales par ailleurs, deux personnes ayant le même patrimoine l’un investi dans des actifs générant des revenues et l’autre dans des actifs improductifs c’est le second qui aura le plus de chance de bénéficier de la mesure alors que c’est celui qui paye le moins d’impôts. La mesure proposée favorise donc doublement les investissements dans les actifs improductifs et donc moins générateurs de croissance du PIB.

Parce que toutes ces mesures sont en faveurs des plus favorisés, elles auront un moindre effet sur la consommation et donc sur la croissance.

Posté par Droite Moderne à 19:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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